Baudelaire et l’éloge de l’immobilité
La gloire de Baudelaire est, outre sa capacité à versifier, de s’en être servie pour mettre en cause le soubassement idéologique de la société industrielle, en dénonçant cette frénésie de changement qui porte le nom de progrès. Certes il n’est pas le premier, Charles Fourier était déjà passé par là pour dénoncer l’industrie comme quelque chose de faux et de répugnant [1] , mais il conservait encore l’illusion d’un possible progrès, autrement dit, il cédait à cette idée d’évolution orientée positivement qui était seulement bloquée par la malveillance ou la bêtise des propriétaires. Baudelaire lui s’attaque plusieurs fois à la question de la mobilité, cette agitation qui conduit le monde vers les plus grandes aberrations, que ce soit le travail industriel ou bien les guerres évidemment. En ce sens il est le contempteur de la modernité [2] . Mais il n’est pas un militant, car celui-ci, s’il dénonce les travers de la société industrielle, en reprend ce qui en fait le noyau dur, la foi da...