Erckmann & Chatrian, LE PASSAGE DES RUSSES, 1860
Je vous ai raconté nos malheurs pendant la campagne de 1813. Vous avez vu nos batailles de Weissenfelz, de Lutzen, de Bautzen et de Dresde, où nous étions toujours les maîtres. Ensuite nos misères de Groos-Béren et de la Katzbach, où la pluie, la mauvaise nourriture, les marches et les contremarches nous avaient en quelque sorte ruinés de fond en comble. Ensuite tous les peuples soulevés contre nous, parce qu’ils ne voulaient plus de nos rois, de nos princes, de nos ducs et de notre armée chez eux : Cinq cent quatre-vingt mille Russes, Allemands et Suédois sur notre dos, la défection des Bavarois et des Wurtembergeois, la terrible bataille de Leipzig, la trahison des Saxons, la retraite de Hanau, le typhus en Alsace et en Lorraine, l’invasion, et la défense des Vosges par les montagnards ! Je vous ai raconté ces choses le cœur bien triste. D’autres auraient voulu cacher la vérité, comme s’il fallait avoir honte de ses malheurs, quand on a fait son d...