Littératures

Comment lire davantage ? - Mango and Salt

Ce n’est pas seulement pour la forme, mais c’est pour le principe qu’on écrira littératures au pluriel. En effet, si la chose relève de l’écriture et de l’imprimerie, elle est aussi diverse que variée, et pourtant bien plus stable dans le temps qu’on ne le croit. C’est la base de la lecture, et la lecture est une sorte de vice. Ça ne sert pas à grand-chose dans la vie, ce n’est ni une nécessité vitale, ni une obligation sociale. Cela relève de la satisfaction personnelle et du dialogue d’avec soi-même ! C’est un plaisir assez égoïste que parfois nous cherchons à faire partager comme une sorte de véhicule qui permettrait de relier entre eux les points d’une humanité disjointe. Elle peut donc être une forme de communion, mais aussi une occasion de disputes âpres et sans fin. Les lectures que nous effectuons au fil du temps tracent forcément un portrait tremblé de ce que nous sommes, un portrait ni tout à fait faux, ni tout à fait juste. On peut lire pour des tas de raisons, toutes aussi mauvaises les unes que les autres, par exemple pour se mettre en retrait d’un monde qui nous déplait et où nous ne trouvons pas notre place. Ou alors pour au contraire se donner l’illusion que nous participons à l’évolution et à la réforme de ce monde. On y chercherait alors des raisons militantes d’espérer. Il va de soi que la lecture ce n’est pas l’action, même si des hommes d’action furent aussi de grands lecteurs. Il est remarquable que durant les années de l’Occupation, la lecture augmentait dans les populations qui, par la force des choses étaient vouées à la passivité. 

Toile de Fond de Bibliothèque avec Livres pour la Rentrée Scolaire DBD

De nos lectures on retient essentiellement ce qui convient à notre caractère. Le reste, on le renie et on le met au rebut. Il y a des livres qu’on lit et qu’on relit, parce qu’ils nous ont marqués comme un miroir de nous-mêmes. Dans ma jeunesse je lisais tout et n’importe quoi, même des livres ennuyeux, du genre Robbe-Grillet ou même Marguerite Duras. Je lisais donc des nouveautés, des ouvrages dont on parlait. Ça m’arrive encore bien entendu, mais de moins en moins. Aujourd’hui je relis beaucoup, mais je fais encore quelques incursions vers la littérature contemporaine, celle dont parle les journaux. J’ai même lu du Houellebecq ! Pas beaucoup, mais j’en ai lu. Ce qui me frappe le plus dans ces ouvrages dont parle la critique et que mettent en avant la publicité des maisons d’édition, c’est l’absence de style. Car si un ouvrage peu étonné par son thème, il y a peu de chance qu’il vous bouleverse, s’il est mal écrit. Qu’est-ce que ça veut dire « mal écrit » ? L’exemple type c’est Houellebecq ou Annie Ernaux. Des littérateurs qui ne savent pas construire une intrigue et qui possèdent un vocabulaire des plus restreint, ce qui entraîne des répétitions de mots d’une ligne à l’autre par exemple. La lecture se faisant à partir d’une succession de mots, il est bien gênant que le vocabulaire soit sans saveur. C’est pourquoi je préférerais toujours la littérature prolétarienne ou même la saga San-Antonio à celle du nouveau roman ! 

Victor Hugo, le chantre de la dignité du peuple

J’ai commencé un peu comme tout le monde – enfin, les gens de ma génération – par l’apprentissage de la poésie à la petite école. On y apprenait par cœur Rimbaud, Le dormeur du val, Le buffet, mais aussi Victor Hugo, La conscience, Les pauvres gens, ou encore des poètes aujourd’hui bien oubliés comme Maurice Carème ou Emile Verharen. Cela m’a donné le goût pour la musicalité de la phrase et pour la suavité des mots choisis. De là je suis passé à Jules Verne, dont à vrai dire je n’ai pas retenu grand-chose jusqu’à l’âge adulte quand j’ai lu Paris au XXème siècle. Cet ouvrage publié en 1860 n’est pas contrairement à ce qu’on croit un roman d’anticipation, mais un ouvrage dans lequel Jules Verne prend le contrepied de ce qui avait fait son succès, c’est-à-dire une anticipation des progrès de la société fondés sur le développement de la technologie. Hetzel son éditeur refusera de le publier, parce que cela ne cadrait pas avec l’image de l’auteur. Il sera édité seulement en 1994 ! Or ce roman fait l’éloge de la poésie et de la littérature contre la science. C’est donc ici une justification dans la lutte contre l’abêtissement consommé de cette croyance quasi religieuse dans le progrès. Après Jules Verne, au lycée, je suis passé à Victor Hugo, le romancier cette fois, avec Les misérables. C’est un ouvrage qui m’a vraiment emballé, et je puis dire que c’est lui qui m’a incité à écrire. J’avais à peine onze ans, mais c’est bien ce que je voulais faire, devenir écrivain. Je ne pensais pas en termes de métier ou de revenus, mais en termes de destinée ! Homère m’a passionné dès mon entrée en 6ème. 

Mais rapidement j’ai commencé à m’intéresser à cette littérature de genre, de gare, à la littérature populaire dont les revues littéraires ne parlaient jamais. Je suis passé de San-Antonio à Frédéric Dard, puis aux auteurs de la Série noire, Auguste Le Breton, Albert Simonin, ou encore José Giovanni. Et puis les grands auteurs du roman noir étatsunien, Charles Williams, Dashiell Hammett, Jim Thompson, Raymond Chandler et quelques autres. Cette littérature parallèle où le choix du vocabulaire est essentiel. Bien sûr je continuais à lire les poètes, Baudelaire, Apollinaire, Verlaine, Nerval, et d’autres plus obscurs, les surréalistes, et par ce biais Isidore Ducasse. Je n’abandonnais pas pour autant le roman, de Maupassant à Roger Vailland, auteur engagé et déçu s’il en est. Cette littérature n’était pas molle et neurasthénique comme c’est la mode aujourd’hui, elle dévoilait les ressorts de la nature humaine dans sa face sombre ou dans sa pace solaire. Elle exaltait les sens. Parmi les écrivains qui m’ont marqué, il y a aussi tout ce qu’on peut ranger dans ce grand domaine qu’on nomme la littérature prolétarienne. On comprend que mon intérêt pour la littérature n’emprunte pas les sentiers battus, d’autant que la littérature publiée aujourd’hui me parait de moins en moins intéressante, avec bien entendu ici et là des romans qui attirent encore mon attention. Mais dans les chroniques qu’on va lire sur ce site, beaucoup traiteront du passé. A cela il y a deux raisons, d’abord le fait que je ne crois pas que ce domaine puisse être conçu suivant un progrès. Ensuite, il est probable qu’Homère et Apollinaire nous soient bien plus proches qu’Houellebecq ou Amélie Nothomb !

Mais j’ai assez parlé de mon parcours de lecteur. Ne devant rien à personne, officiant d’une manière bénévole – c’est ma manière – je n’écris que sur ce que je lis au gré de mes pérégrinations intellectuelles, je n’ai pas de compte à rendre à l’actualité mercantile du commerce du livre. Mon but est de faire partager les impressions de lecture pour ce qu’elles valent, sans vouloir donner de leçon de quoi que ce soit, et sans prétendre que mes jugements qui apparaitront aient un caractère définitif. On pourra juger que cela ressort d’un éclectisme mal défini, mais ce n’est pas un programme, c’est seulement le résultat de mon caractère. C’est pourtant aussi une manière de m’éloigner de la façon dont sont édités et vendus les livres. Je sais qu’il y a une crise de l’édition plus ou moins larvée, mais celle-ci est moins la conséquence des contraintes économiques qui pèsent sur le secteur du livre que celle d’une incompétence relative des éditeurs eux-mêmes. Peu prennent des risques, mais il y en a pour s’écarter des productions à la mode et définir une ligne éditoriale personnelle, romans historiques, biographies plus ou moins bancales, sujets de société avec des relents de mise en œuvre d’une pédagogie sommaire et assommante.

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