La réponse de Bolloré à la campagne contre Grasset et l’éviction de d’Olivier Nora

EXCLUSIF – «Affaire» Grasset : la réponse de Vincent Bolloré

J’avais dit tout le mal que je pensais de cette cabale orchestrée par l’éviction d’Olivier Nora à la tête de Grasset et des pitreries pétitionnaires qui l’ont accompagnée. Il est évidemment difficile de comprendre toute cette salade germanopratine, tout en se démarquant de Bolloré qui est pour moi un personnage assez peu admirable, et à l’opposé de mes convictions sur à peu près tous les sujets. La bataille a cependant gagné en clarté avec justement la contre-attaque de Bolloré dans le Journal du Dimanche du 19 avril 2026. Bolloré nous apprend ainsi que Olivier Nora gagnait déjà plus d’un million d’euros par an ! Entre 2024 et 2025, le salaire de celui-ci était passé de 830 000 € à 1,017 millions d’euros, alors même que le résultat net de la maison Grasset avait été divisé par deux, passant de 1,2 millions à 0,6 million, tandis que le chiffre d’affaires avait baissé, passant de 16 millions en 2024 à 12 millions d’euros en 2025. On nous apprend aussi que le salaire extravagant de Nora – aucun des auteurs de chez Grasset ne gagne autant d’argent – était payé pour moitié par Hachette et pour l’autre moitié par le groupe Hachette, afin de faire apparaître un résultat net plus avantageux. Il ressort déjà de cela que si Hachette n’avait pas mis la main à la poche, Grasset aurait eu ainsi un résultat nul ! On en a viré pour moins que ça, sans compter que ses indemnités de départ seront certainement confortables. Alors que la bande à Olivier Nora avec une pétition imbécile a avancé qu’il s’agissait principalement de lutter contre les idées de Bolloré. Comme si celui-ci avait interdit à l’écurie de cette maison d’édition de publier quoi que ce soit. Pour donner encore plus de clarté à cette affaire débile, il faut se souvenir que c’est sous la houlette d’Olivier Nora que Fayard se lança dans la publication d’une nouvelle version de Mein Kampf d’Adolf Hitler, comme si cela manquait sérieusement sur le marché. On sait aussi qu’Olivier Nora était un soutien de la cause palestinienne, de là à dire qu’il était antisémite, je m’en garderais bien, mais il était sûrement dans la confusion intellectuelle, ce qui n’a rien d’étonnant dans ce milieu. 

Olivier Nora viré, Vincent Bolloré décapite l'illustre maison Grasset et  renforce son pouvoir dans l'édition - L'Humanité 

On en apprend cependant un peu plus sur le système de Nora. La maison Grasset devait sa réputation à deux actions régulières : d’abord publier les journalistes de Télérama ou du Monde, ce qui assurait une bonne publicité pour sa production, et on retrouve beaucoup de ces journalistes dans la liste de ceux qui ont signé la pétition pour protester contre l’éviction du PDG de Grasset. Ensuite, il choyait les jurés des prix littéraires, ce qui permettait d’obtenir des prix assez facilement pour ses livres. C’est comme ça que ça marche, et donc la qualité littéraire n’a strictement aucune importance. De nombreux « écrivains » obtenaient aussi des à-valoir importants, ce qui les rendaient plutôt fidèles et conciliants avec leur patron. Autrement dit, le système Nora reposait sur l’achat des consciences ! Tout le monde le reconnait depuis son arrivée à la tête de Grasset, la qualité des ouvrages publiés avait clairement baissé par rapport à l’ère Jean-Claude Fasquelle, ce qui se vérifiait d’ailleurs dans la baisse des résultats d’exploitation. Il faut bien comprendre que la pseudo-révolte contre Bolloré au nom de la liberté d’expression ne répondait en rien à une volonté de celui-ci d’interdire telle ou telle publication, même s’il est probable qu’il veut se servir de son poids dans l’édition pour pousser les idées des auteurs qui lui plaisent. Mais c’est bien ce que faisait Nora, non ? 

Une nouvelle tribune sur l’affaire Grasset 

Le temps passant, on remet peu à peu cette affaire à sa place. Probablement une cabale emmenée par Olivier Nora qui ambitionne de fonder sa propre maison d’édition et qui serait appuyée en sous-main par l’Élysée. Macron a en effet avancé bêtement qu’il fallait défendre le pluralisme, et donc soutenir Nora et son gang contre le gang Bolloré. Le 19 avril 2026 un collectif des éditeurs et des acteurs de l’édition indépendante lançait une tribune, signée par Lou Blondin et Robin Schönfeld, pour dénoncer le battage éhonté de ce troupeau d’ « auteurs » à la recherche d’une conscience pour couvrir leurs avantages d’être à peu près sûrs de pouvoir publier n'importe quel produit frelaté sous une couverture prestigieuse. Il y a une double guerre, l’une porte sur la mainmise du pouvoir financier sur l’industrie du livre, et l’autre sur le contrôle de ce qui se publie. Cette détermination est la même qu’on se trouve du côté de Bolloré ou du côté de Nora, cela n’a pas grand-chose à voir avec la littérature ou la production des idées, ça procède des deux côtés du prêt-à-porter intellectuel. Ce prêt-à-porter est appuyé par les grandes maisons d’édition qui rendent leurs marchandises visibles, tandis que les éditeurs indépendants ont de grosses difficultés pour faire connaitre leur production et les amenées sur les étals des libraires. La difficulté se trouve exactement là. Il y a une connivence entre le système médiatique et le système éditorial. Tout le monde connait par la force des choses Bernard-Henri Lévy, Yann Moix, Christine Angot, Virginie Despentes ou encore Michel Houellebecq et pour les âmes simples c’est ce qui représente la littérature française. Qu’on les lise ou non, on les connait, ils ont pignon sur rue, ils saturent tellement les médias de leur présence qu’on a presque l’impression qu’ils existent ! Bolloré nous dit que rapidement ceux qui partent – certains reviendront, j’en prend les paris – seront facilement remplacés dans un tel système et c’est certainement vrai, un clou chasse l’autre. Cette affaire donne une allure sinistre au système éditorial français alors que la qualité de la production des plus gros éditeurs est de plus en plus sujette à caution.   

Peut être une image de texte qui dit ’Eviction d'Olivier Nora de Grasset: Menons le combat contre la mainmise de Vincent Bolloré sur le monde des idées et de la création. place publique’

Les éditeurs du haut du panier, Gallimard, Nyssen, Olivennes, se sont lancés dans une nouvelle pétition, publiée dans le monde. Ils dénoncent le manque de pluralisme supposé qu’imposerait Bolloré dans un futur proche à Bolloré. Cette guerre se transforme en guerre des éditeurs, c’est un peu comme une querelle entre les hypermarchés Carrefour, Auchan et quelques autres qui se reprocheraient les uns les autres de vendre des produits alimentaires de mauvaise qualité. N’oublions pas que cette bataille pour les parts de marché est partie de la défection de Boualem Sansal qui a quitté Gallimard pour Grasset. C’est aussi une aubaine sur le plan politique, on voit des partis croupions, coquille vide, comme par exemple Place publique de l’agent des Américains, Raphaël Glucksmann, faire semblant qu’ils défendent la liberté d’expression contre le fascisme qui vient ! Il est inconcevable qu’au nom de la liberté d’expression on édite des Bernard-Henri Lévy, mais qu’on voit dans la publication des mauvais livres de Zemmour ou de Bardella une atteinte à celle-ci ! Qu’on se le dise, c’est exactement la même merde. Que voudrait dire cette cabale ? Qu’un auteur publié chez Grasset verrait sa réputation d’histrion des lettres parce qu’on y publierait aussi un auteur dit d’extrême-droite ? Remarquez que Bardella et Zemmour ne sont pas publié chez Grasset, mais chez Fayard, et que quand Zemmour était publié avant la mainmise de Bolloré sur une partie de l’édition, personne ne semblait s’en offusquer. 

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