Boualem Sansal, La légende, Grasset 2026.

 

Il est assez difficile de comprendre ce que représente ce livre. C’est un peu comme s’il y avait en fait deux Sansal, le premier est l’écrivain persécuté par un pouvoir complètement archaïque et débile qui l’a pris en otage et de l’autre un écrivain dont les qualités d’écriture ne sont pas exceptionnelles. Le premier bien entendu doit être soutenu jusqu’au bout, envers et contre tout, et les réserves de la canaille mélenchoniste à son endroit doivent être balayées. On peut avancer à ces imbéciles que quelles que soient les critiques qu’on peut faire aux positions politiques de Sansal cela n’est qu’une manière de se ranger derrière la réaction stupide d’un tyran. Et puis il y a donc l’écrivain. On peut discuter de son style à l’infini, cela ne changera rien au fait qu’il est légitime de publier son expérience malheureuse de la prison algérienne. Tous les crétins qui ont commencé à dire que cet ouvrage n’aurait pas dû être publié, ou alors à la rentrée, ce qui serait à l’origine de l’éviction d’Olivier Nora de chez Grasset, ne sont que des cuistres. C’est un débat qui ne devrait même pas avoir lieu. Les conditions d’emprisonnement en Algérie de sansal n'ont rien à voir avec les gémissements ubuesques de Sarkozy qui s’est taper 15 jours de taule dans des conditions idylliques et qui en a tiré un livre écrit par on ne sait qui, en gros caractères et avec très peu de pages, faisant comme s’il souffrait de la vindicte des juges, alors que ceux-ci ont été très bienveillants avec lui, eu égard aux turpitudes révélées par ses multiples procès. Sarkozy intitulait son livre Journal d’un prisonnier, ce qui est assez comique, comme s’il voulait se comparer à des écrivains comme Dostoievski qui passa des années au bagne et qui en tira des « romans » comme Souvenirs de la maison des morts ou Carnets du sous-sol[1]. Si Dostoievski écrivait ces romans sur le bagne comme un exutoire, il en faisait aussi de l’argent dont il manquait en permanence ! Et donc on ne saurait reprocher à Sansal de profiter de cette aubaine qui d’ailleurs le mènera à l’Académie française ! On voit évidemment que les relations entre littérature et politique politicienne font aussi bon ménage. Sansal lui se comparera, au capitaine Dreyfus qui n’aurait pas encore trouvé son Zola ! C’est bien sûr une bouffonnerie. 

En Algérie, le quotidien de Boualem Sansal et de ses codétenus à la prison  de Koléa

Bien entendu la prison est toujours difficile à supporter, mais Sansal a été emprisonné dans un pays loin du soutien des siens, sans trop savoir ce qui lui était reproché en dehors évidemment d’avoir critiqué l’Algérie et l’archaïque président Tebboune. Il était âgé et malade. Il restera en taule un an environ. Son livre est donc d’abord un témoignage. Il donne une idée de ce qui se passe derrière les barreaux en Algérie, si on voit dans ce livre les juges qui sont aux ordres du pouvoir pour manier la langue de bois et faire n’importe quoi, Sansal décrit aussi un accueil relativement chaleureux de la part des codétenus et même des gardiens de prison. Il montre que les Algériens au fond ne sont pas dupes de la réalité du pouvoir. Le second aspect de cet ouvrage est l’amertume qui se dégage de la relation de Sansal en ce qui concerne ses comités de soutien qui se sont démenés pour le faire sortir de cet emprisonnement. On remarque à cet égard qu’il a bénéficié d’appuis bien plus important, Christophe Gleizes, un journaliste français emprisonné et condamné à sept ans de prison en 2024 aura bien moins de chances et reste encore en prison. Le récit de Sansal en ce qui concerne ses soutiens est très ambigu. D’abord il nous signale qu’en réalité c’est l’Allemagne, pays où semble-t-il il est très connu, et plus particulièrement son président, Frank-Walter Steinmeier, qui a débloqué l’emprisonnement, et non le gouvernement français. A l’inverse Sansal parle de l’efficacité allemande. Cependant, il trace en même temps un portrait élogieux des Macron dont il est un visiteur à l’Élysée, alors qu’il ne trouve rien à dire de positif de l’action de ceux-ci pour le faire sortir de son enfer. On n’aura pas d’explication à ce paradoxe. La seule chose qu’on sait est que Tebboune a réussi à faire tourner en bourrique Macron en le présentant dans cette sinistre affaire comme un homme sans pouvoir et irrésolu. Ne parlons pas de l’impuissance du Quai d’Orsay, elle va de soi ! Au passage l’halluciné Jean-Noël Barrot, soi-disant ministre des affaires étrangères, pourtant macronien de choc est vertement critiqué. 

Coupe du monde 2026 : la FIFA accrédite le journaliste Christophe Gleizes,  emprisonné en Algérie, pour médiatiser sa détention

La question la plus épineuse est celle de l’écriture. L’ouvrage aurait été écrit en quarante jours, c’est du moins ce que donne à savoir son éditeur. Et donc si on peut juger que ce témoignage brut est intéressant, on comprend qu’il souffre d’une écriture assez relâchée. Je ne suis pas un fin connaisseur de la prose de Sansal, mais enfin, il est assez vrai que ce livre est mal écrit et part dans tous les sens, même si Sansal se présente comme un défenseur acharné de la langue française. On y trouve beaucoup de formules qui se veulent percutantes, mais aussi un éloge un rien larmoyant du caractère de sa femme qui l’a beaucoup soutenu. La légende est le titre choisi par Sansal, la légende ce serait le nom que lui ont donné ses codétenus, ce qui semble assez discutable tout de même. Trop de gens regardent encore les livres de Sansal du point de vue gauche ou droite, certains voulant le voir comme un compagnon de route de l’extrême-droite qui les obsède. Sansal s’est expliqué sur ses relations plusieurs fois. Il est assez clair qu’il a cherché à élargir son auditoire, mais de là à en faire un fasciste d’occasion c’est de la démence, on trouve cependant cela sous la plume des journalistes du Monde, comme si une critique de l’islamisation rampante de la France ou de l’Europe était la marque du fascisme ! Le monde dont l’hypocrisie n’est plus à dire, a tapé à bras raccourcis sur Sansal. Dans une chronique d’une rare stupidité, Raphaëlle Leyris a repris sans garde-fou les critiques que la presse algérienne a adressé à Sansal sur le fait que ce récit ne correspondrait pas tout à fait à la réalité, qu’il serait confus[2]. Elle lui reproche vertement le fait qu’il serait un provocateur ! Quelles que soient les réserves qu’on fasse sur l’écriture de Sansal, son livre reste un témoignage de première mais sur une prise d’otage par le gouvernement algérien. La publication de ce livre a entrainé toute une kyrielle de critiques malveillantes, notamment celle du Canrd enchaîné qui n’est plus que l’ombre de lui-même, tant son conformisme est décourageant[3].


[1] Les carnets du sous-sol, Gallimard, folio, 1995. Il existe plusieurs traductions de ce texte en circulation, parfois publié sous le titre de Le sous-sol.

[2] https://www.lemonde.fr/livres/article/2026/06/02/avec-la-legende-boualem-sansal-raconte-une-annee-noire-dans-les-geoles-algeriennes-un-recit-engage-et-parfois-confus_6696360_3260.html

[3] https://www.lecanardenchaine.fr/culture-idees/54049-dans-la-legende-boualem-sansal-regles-ses-contes

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Frédéric Dard, Romans de guerre érotiques

Littératures

Lionel Lecœur, Ferency et moi, Le dilettante, 2021